Le magazine du vélo de montagne (VTT)

La nécessaire diversification de l'activité des stations de ski

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Vtt En Station De Ski

La France est l'un des pays qui possède le plus gros domaine skiable au monde. L'investissement dans les infrastructures en montagne est colossal et la question de la rentabilité se pose.

Les stations de moyenne montagne souffrent de plus en plus du manque de neige et la diversification des activités devient plus que jamais nécessaire.

Il semblerait que le VTT puisse apporter une réponse à cette problématique.

Contexte économique des stations de montagne

La France draine chaque année des millions de skieurs qui viennent profiter des immenses domaines skiables. Notre pays a fait office de pionnier en la matière mais la concurrence internationale se fait plus rude (Italie, Suisse, Autriche...).

Une compétition économique est engagée entre les stations pour rentabiliser leurs énormes investissements et les coûts d'entretien gigantesques qu'engendre l'industrie du ski (notamment sur les téléportés).

Les stations n'ont jamais attiré autant de monde, mais tout cela reste précaire. Une année sans neige peu remettre en cause l'avenir d'un site et la crise économique ne va pas arranger les choses. Il est donc vital de trouver des alternatives au ski.

D'ailleurs, il n'y a pas que les stations de moyenne montagne souffrant du manque de neige qui cherchent à diversifier leurs activités. Certains grands domaines d'altitude font office de leader en la matière et ont bien compris l'intérêt de faire tourner les installations été comme hiver. Les organisateurs de la Mégavalanche ou de la Mountain Of Hell ne s'y sont pas trompés.

Exploitation des domaines skiables

Jusqu'à présent, les stations ont eu plus ou moins de mal à vendre la montagne l'été, même si certaines parviennent à avoir un taux de remplissage correct en juillet / août (nettement inférieur tout de même à la fréquentation hivernale).

D'autres activités sont alors proposées avec des centres nautiques, dévalkart, luge d'été, via ferrata, parcours aventure en forêt, sites d'escalade ou sentiers de randonnée... Cela permet de remplir les hébergements et de faire travailler les commerçants, mais ce n'est pas suffisant.

L'enjeux est ailleurs... Ces activités ne sollicitent pas assez les remontées mécaniques qui absorbent pourtant la majorité des investissements. Il est de notoriété publique que la vente des forfaits est la principale source de revenus pour les exploitants de domaines skiables.

Même si la station possède un point de vue remarquable accessible par les remontées mécaniques (hormis Chamonix et sa mythique Aiguille du Midi, point de départ de nombreuses courses d'alpinisme), la fréquentation est trop faible pour amortir les installations et leur exploitation hors saison.

L'engouement pour les sports de glisse

Si les sports de glisse en général et le ski n'ont pas beaucoup évolués pendant de nombreuses années, une nouvelle pratique a tout révolutionné : le snowboard.

Face à cette nouvelle concurrence, les ventes de ski ont chuté brutalement et les fabricants ont dû réagir très vite avec de nouveaux modèles et de nouvelles pratiques (ski paraboliques, freeride, fat...). Tout un écosystème s'est greffé autour, notamment un style musical et des lignes de vêtements "cool" avec des marques qui ont conquis le monde.

La glisse sous toutes ses formes s'est démocratisée (surf, snowboard, ski, arrivée du Kite surf...) et il s'est produit la même chose avec le vélo tout terrain.

Longtemps, le VTT s'est résumé à parcourir des sentiers et la compétition s'est limitée au Cross Country. De "nouvelles" disciplines telles que l'enduro, la DH... ont fait leur apparition en compétition et commencent à être médiatisées. Ces nouvelles pratiques sont de plus en plus populaires.

Le matériel est de plus en plus performant et il semblerait que l'on se dirige davantage vers une pratique All Mountain. Cela tombe très bien car ces nouvelles pratiques correspondent tout à fait à ce que peuvent proposer les stations de montagne où l'on voit fleurir des bike parcs.

Pourquoi le VTT est un atout majeur pour les stations ?

La réponse est simple : l'aménagement d'espaces artificiels pour la pratique du vélo tout terrain permet de vendre des forfaits et de favoriser une pratique ludique, qui limite les dénivelés positifs au profit des dénivelés négatifs (Pass'Portes du Soleil par exemple).

Non seulement il est possible d'exploiter les remontées mécaniques, mais également d'aménager les domaines skiables pour le VTT. Si l'activité est pratiquée en masse (et c'est de plus en plus le cas), elle pourrait offrir une bouffée d'oxygène aux stations.

Skieur et VTT dans la neige
Vous voyez une différence vous ?

La neige artificielle permet certes d'atténuer le manque d'enneigement, mais son coût est élevé et son impact écologique est négatif. Toutes les stations n'ont pas les moyens financiers d'avoir recours à ces techniques à grande échelle et l'aménagement d'espaces VTT (moins coûteux) pourrait être une véritable alternative au tout ski pour la moyenne montagne notamment.

Assistons-nous à l’émergence de parcs à thème « montagne » ? Nous n'entrerons pas dans le débat environnemental ou de la déresponsabilisation des pratiquants...

Une communication intelligente

J'ai eu l'idée d'écrire cet article en visionnant une vidéo qui m'a interpellé. Mise en ligne sur Zapiks, le bike park de St-Luc en Suisse associe son personnel (responsable web et le shaper) dans une vidéo de remerciements adressée à ses clients.

Le Bike Park de St-Luc en Suisse

J'ai trouvé cette manière de communiquer plutôt intelligente et conforme à l'orientation que devraient prendre pas mal de stations.

La moyenne montagne et les stations en général tiennent là un excellent moyen de rebondir et de se développer grâce au VTT qui n'a rien à envier au ski, pas même le prix du matériel.

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Informations à l'attention des barbus

Pour éviter toute polémique dans les commentaires, voici quelques pistes de réflexion.

Cet article n'a pas vocation à analyser l'évolution et le développement du tourisme en montagne de manière exhaustive. Si vous préparez une thèse sur le sujet, nous vous recommandons de lire cet article beaucoup plus complet.

Au même titre que certains crient haro sur les stations de ski et leurs remontées mécaniques qui détruisent la montagne (certains skieurs de rando par exemple), nous pouvons raisonnablement supposer que nous allons assister aux mêmes critiques de la part des puristes du mountain bike.

La question n'est pas de savoir s'il faut éradiquer les stations (dont la politique n'est pas toujours irréprochable, c'est la vérité), mais de savoir comment développer de nouvelles pratiques pour maintenir l'emploi et l'activité économique nécessaires à la vie dans les vallées alpines.

Les remontées mécaniques existent, elles sont là et ne disparaîtrons pas du jour au lendemain. En revanche, le VTT et les autres pratiques alternatives au ski peuvent avoir un effet bénéfique dans la mesure ou si elles compensent le manque à gagner lié au dificit d’enneigement, la tentation d'avoir recours à l'enneigement artificiel sera moindre.

Je serais par exemple relativement favorable à limiter l'extension des domaines skiables (la course à l’échalote et au km de piste), en particulier à proximité de réserves naturelles, pour favoriser le développement raisonnable des activités humaines en montagne dans des lieux réservés à cet effet (les stations).

Ne nous voilons pas la face, l'immense majorité des pratiquants n'a pas les capacités physiques et techniques pour s'affranchir des remontées mécaniques (ou n'a pas envie). C'est bien cette masse de touristes qui génère l'activité économique en montagne et pas les quelques pratiquants respectueux qui refusent les moyens de transport par câbles.

A toutes fins utiles, la simple présence de l'Homme en montagne, aussi discrète soit-elle, perturbe la faune et la flore. Alors si vous êtes un écologiste intégriste prêt à nous sauter à la gorge en lisant ce billet, vous pourriez commencer par ne plus aller en montagne. Il devrait être possible de trouver un certain équilibre et de maintenir des espaces préservés, encore trop peu nombreux.

Merci de votre tolérance et de votre ouverture d'esprit sur le sujet.